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Situation socio-économique et politique: L’intégralité du discours de Arona Coumba Ndoffene Diouf

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Le Sénégal va devenir un pays producteur de pétrole et de gaz.

D’importants revenus financiers seront mobilisés qui, si bien gérés, peuvent ouvrir au pays des possibilités immenses d’accélérer sa croissance économique, surtout dans le domaine des investissements publics. Aujourd’hui, non seulement les autorités sénégalaises ne sont pas préparées à cet enjeu économique majeur, pire encore, la mise en place du cadre de gestion des revenus pétroliers et gaziers du pays est toujours dans le tâtonnement ou en cours; alors que les premiers barils sortiront du fond océanique dans quelques mois.

Je voudrai, ici, alerter mes compatriotes sénégalaises et sénégalais et l’opinion internationale sur les manquements et l’inaptitude du gouvernement du Président Macky Sall, constatés dans les divers aspects des cadres règlementaires et institutionnels pour une bonne prise en charge de la gouvernance de nos ressources pétrolières et gazières. Je ne dérogerai pas à la règle. Ainsi, je propose, ici, des recommandations sur la manière dont ils pourraient être corrigés pour éviter au pays le « désespoir de l’attente » qu’ont connus le Ghana, le Liberia, la Tanzanie …tous nouveaux pays exportateurs de pétrole et de gaz. C’est pourquoi, la gestion du secteur hydrocarbure occupe une place importante dans mon programme présidentiel proposé à mes compatriotes.

Je suis concerné et très préoccupé par la gouvernance des hydrocarbures sénégalais par le Président Macky Sall, Chef de l’État jusqu’en février 2024 qui marque la fin de son deuxième et dernier mandat, à savoir sur les trois aspects suivants:

  • Le niveau très inquiétant de l’endettement du Sénégal, raison de la cherté exacerbée de la vie, sans précédent, dans le pays;
  • L’absence de professionnalisme et d’expérience des structures institutionnelles qui encadrent le secteur pétrolier et gazier sénégalais au vu de la gouvernance non transparente et inefficace de l’administration du Président Macky Sall, sorti récemment de scandales financiers les plus graves de l’histoire du pays;
  • Le risque d’invasion et de fraude fiscale et le défaut d’audit de cours rigoureux des activités étatiques.

Le Sénégal est très endetté

En 2021, dernière année évaluée du régime du Président Macky Sall, le montant du budget de la dette était de 9478 milliards (14,45 milliards d’euros) et représente le montant de la dette le plus élevé des 23 dernières années de l’histoire du Sénégal. Rapporté au nombre d’habitants, cela correspond à un endettement de 561492 FCfa (856 euros), que chaque citoyenne et citoyen sénégalais doit aux créanciers du Président Macky Sall (source: donnéesmondiales.com). Une autre source africaine crédible, Sika Finance, a confirmé que « le taux d’endettement du Sénégal s’est accru de 74,3% du PIB en fin juin 2022, contre 73,2% en fin 2021, en raison d’une hausse plus importante du stock de la dette rapporté au PIB ». D’après ce consultant financier, on peut « affirmer que le Sénégal présente un risque de surendettement avéré. Cette évolution est à la fois imputable à la dette intérieure (+20,85%) à 3 732 milliards FCfa et la dette extérieure (+9%) à 8 848 milliards FCFA. Par maturité, la dette représente 97% de l’encours global contre 3% pour la dette à court terme. » Plus irrationnel et plus alarmant encore, selon la même source, « la dette publique, détenue par les acteurs économiques sénégalais, n’est qu’à hauteur de 2 882 milliards, alors que les étrangers détiennent 9 698 milliards FCfa (je souligne bien: il s’agit ici de la dette publique). Pour le risque de crédit, la dette extérieure est libellée à 54% en euros pour les européens, 32% en dollars pour les américains, 6% en yens pour les chinois, 7% dans d’autres devises et seulement 1% aux sénégalais. »

Dans son rapport sur la situation économique catastrophique du Sénégal, en septembre 2022, la Banque mondiale alertait le Président Macky Sall comme suit : « … les tensions géopolitiques et les pressions inflationnistes ont affecté les moteurs de la croissance (du pays) et le pouvoir d’achat des ménages en 2022.

Le déficit budgétaire devrait s’améliorer légèrement tout en restant supérieur à 6 % du PIB, pour la troisième année consécutive en 2022. L’endettement public, notamment externe, s’est significativement accru depuis 2019 et les pressions extérieures persistent avec des importations en hausse… ».

Entre 2019 et 2022, l’endettement public du Sénégal a considérablement augmenté passant de 64% à 75% du PIB, dépassant ainsi le seuil de l’UEMOA (70%). En 2023, la dette publique resterait au-dessus de 70% du PIB (75,1% et 71,4%) (Ministère des Finances, France).

« Mystifier les sénégalais sur le taux de croissance projeté à deux chiffres ! »

Une équipe du Fonds Monétaire International (FMI), basée à Washington

DC, dirigée par M. Edward Gemayel, a effectué une mission du 29 septembre au 6 octobre pour faire le point réel sur l’évolution récente de l’économie sénégalaise. À l’issue de la mission, et contrairement à la propagande  politicienne de l’administration du Président Macky Sall, M. Gemayel a fait la déclaration suivante sur la réalité de la situation économique du pays, je cite : « …. L’activité dans les secteurs secondaires et des services a ralenti au cours du premier semestre de cette année, ce qui a conduit à une légère révision à la baisse de la projection de croissance à 4,7 %. Cependant, l’inflation a atteint un niveau record sur plusieurs décennies de 11,2 % en août, sous l’effet de la hausse des prix des denrées alimentaires (17,3 %), ce qui a un impact négatif sur le niveau de vie des ménages… Les recettes budgétaires, recouvrées en fin septembre 2022, ont été plus importantes que prévu, mais la forte hausse des subventions à l’énergie a conduit le gouvernement à décaler certains projets pour contenir le déficit budgétaire… Bien que le projet de budget pour 2023 prévoie une réduction du déficit budgétaire, les efforts d’assainissement sont insuffisants, compte tenu des contraintes fortes de financement et de la vulnérabilité croissante de la dette publique … » fin de citation, sans commentaire !

En analysant la situation économique effrayante du pays, de nombreux acteurs et consultants internationaux, impartiaux, s’accordent sur le fait que les revenus des hydrocarbures sénégalais ne pourront pas transformer les finances publiques et booster la croissance à deux chiffres du pays comme espérée.

Contrairement à ce dont les autorités sénégalaises se vantent à tout bout de champ. Tous les investissements réunis ne généreront pas plus de 3% du PIB, selon les projections d’experts financiers du secteur. Cette situation est illustrée par la cherté de la vie, sans précédent, conséquence de l’endettement très élevé du Sénégal. Une situation délétère, qui va projeter le Sénégal dans le syndrome de la « malédiction de la pré-ressource » qu’ont connus le Ghana, le Liberia, La Tanzanie… tous nouveaux pays producteurs de pétrole et de gaz, aujourd’hui économiquement à genoux.

Le syndrome de la malédiction « pré ressource » : cas du Ghana. Le gold-coast africain, 2eme pays du Continent, en réserve d’or, est devenu le geme pays africain producteur de pétrole en 2010, avec des réserves estimées à plus de sept milliards de barils, une production pétrolière de 145.390 barils par jour. Ironie ou malédiction, aujourd’hui, le Ghana est rongé par l’inflation et la défiance. Le pays s’effondre et connaît la pire crise économique de son histoire. Le gouvernement du Ghana vient de réduire, de 30 %, les salaires des fonctionnaires. D’après le Directeur de la Banque mondiale au Ghana, Yusupha Crookes, « le gouvernement du Ghana n’avait pas les compétences pour surveiller véritablement l’exploitation de ses ressources pétrolières et déterminer avec précision la part de leurs revenus ». Aujourd’hui, affecté par une crise économique sans précédent, le Ghana a demandé aux grandes sociétés minières de vendre à la Banque centrale ghanéenne de l’or afin de constituer des réserves de lingots qui serviront à importer du carburant (rappelons que le Ghana est un pays producteur exportateur de pétrole !) et à réduire la demande de dollars après la chute de 57% de sa monnaie cette année. La crise est si profonde que la dette publique du Ghana dépasse désormais 100 % de son PIB et le service de la dette absorbe la moitié des recettes de l’État.

Aujourd’hui, au vu de l’état de l’endettement du Sénégal, le Président

Macky Sall a mis le pays sur la même trajectoire que le Ghana. Un bouleversement économique guette le Sénégal. Il a tellement endetté le Sénégal au point d’avoir violé les chartes de l’UEMOA. Si rien n’est fait, suivant l’exemple du Ghana, de la Tanzanie et du Libéria, les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets.

Avec une telle situation de l’endettement du pays, les risques pour le

Sénégal, devenu pays exportateur de pétrole, sont les suivants :

  • La valeur des exportations pétrolières représentera plus de 90 % de la valeur totale des exportations du pays car, le pays devra continuer à payer les dettes du Président Macky Sall sur le court et long terme donc les régimes successifs et nos arrières petits-enfants;
  • Aucune activité d’exportation, surtout dans le secteur agricole, n’a été boostée, pour se développer, de façon significative. Donc, les recettes d’exportation et les richesses qui sont associées provoquent des distorsions économiques, notamment en réduisant la compétitivité des autres productions, et condamnent le pays à la monoproduction d’exportation;
  • La grande partie des recettes fiscales sera utilisée pour des dépenses improductives de projets économiquement infructueux, payer les salaires d’une administration avec un gouvernement pléthorique de ministres et conseillers et des dizaines d’agences et sociétés nationales fantaisistes et inutiles;
  • Le Président Macky Sall sera obligé de continuer à subventionner des programmes constitutifs pour la stabilité dans le pays avec des tarifs
  • sociaux pour des produits de grande consommation (pain, essence, électricité, transport, blé…);

    • La volatilité des prix du pétrole sur le moyen et long terme accroîtra la fragilité de l’économie sénégalaise qui haussera, encore une fois, l’inflation dans le pays d’où la cherté des prix.

    Les subventions du Chef de l’État ne seront qu’un moyen pour assurer, de façon artificielle et temporaire, une paix sociale relative dans de le pays marqué déjà par de très fortes inégalités économiques et sociales. Ceci donnera un mauvais signal pour le Sénégal dont les indicateurs de développement, devenu exportateur de pétrole, ne seront pas meilleurs que lorsqu’il n’était qu’importateur. Déjà caractérisé par des carences d’administration étatique et économique, faible en gouvernance démocratique, sur les libertés et droits de l’homme, la corruption et la transparence, on peut présager, d’ores et déjà, que l’argent du pétrole ne conduira pas au développement économique tant espéré par tant de sénégalais s’il n’est bien administré. Il existe d’ailleurs, souvent, une corrélation négative entre le pétrole et la gouvernance.

    Le pétrole sénégalais, un miracle ou un mirage !

    Je reviendrai sur l’inefficacité et la non-transparence des structures

    institutionnelles qui encadrent le secteur pétrolier et gazier et le secteur minier au Sénégal dans mes prochains points de presse.

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