Ce vendredi, l’ancien Premier ministre et ministre de la Justice, Sidiki Kaba, a procédé à la présentation officielle de son ouvrage intitulé « 101 Discours : Plaidoyer pour un monde meilleur ». À travers ce livre, l’auteur retrace un long parcours militant, politique et intellectuel consacré à la défense des droits de l’homme, au Sénégal, en Afrique et sur la scène internationale.
Dans un propos à la fois philosophique et introspectif, Sidiki Kaba a expliqué les motivations de cet exercice autobiographique, qu’il qualifie lui-même de « haïssable » en référence à Victor Hugo, mais qu’il estime nécessaire pour transmettre l’histoire et les combats d’une génération engagée. Pour en justifier la démarche, il invoque les célèbres « trois tamis de Socrate » : la vérité, la bonté et l’utilité.
« Chaque génération se croit vouée à refaire le monde, mais la nôtre sait qu’elle ne pourra pas le refaire. Sa tâche consiste à empêcher que le monde ne se défasse », a-t-il déclaré, citant Albert Camus pour définir la mission qu’il assigne à sa génération.
Sept combats pour une génération militante
L’ouvrage revient sur sept combats majeurs portés par cette génération de militants des droits humains. Le premier, selon Sidiki Kaba, est le droit à l’autodétermination des peuples africains, dans la continuité de l’esprit de la Conférence de Bandung de 1955, qui a marqué l’éveil politique et diplomatique du tiers-monde.
La cérémonie de présentation s’est tenue en présence de nombreuses figures de la société civile sénégalaise, d’anciens compagnons de lutte et d’acteurs du mouvement des droits humains, témoignant de l’impact durable de l’engagement de Sidiki Kaba sur plusieurs décennies.
La mémoire du mouvement sénégalais des droits de l’homme
Dans son intervention, l’auteur a rappelé que l’histoire du mouvement sénégalais des droits de l’homme s’écrit à travers des dates, des noms et des organisations. Tout commence le 7 mars 1987, avec la création de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO) par Alioune Tine et Yacine Diallo, qu’il décrit comme « une femme exceptionnelle, une avocate ». La RADDHO devient alors « l’aînée des organisations de défense des droits de l’homme » au Sénégal.
Le mouvement prend une dimension continentale en novembre 1992, à Lomé et Ouagadougou, avec la création de l’Union interafricaine des droits de l’homme. « Il fallait multiplier ces organisations sur l’ensemble du continent africain », explique Sidiki Kaba, soulignant la nécessité d’un maillage africain de la défense des libertés fondamentales.
« Les droits de l’homme à la case »
Convaincu que les droits de l’homme ne devaient pas rester confinés aux cercles intellectuels, Sidiki Kaba et ses compagnons initient le concept « les droits de l’homme à la case », à travers la création de ligues locales sur l’ensemble du territoire sénégalais. Il cite notamment Thiès, avec le docteur Mamadou Diouf, Diourbel avec Maître Hassan Cissé, ainsi que Tambacounda et Kaolack.
« Nous avons été à la prison de Thiès pour rendre visite aux détenus, pour dire que les détenus aussi ont droit au respect de leurs droits », a-t-il rappelé, évoquant ses actions aux côtés du Professeur Seydou Madani Sy.
Un Africain à la tête de la FIDH
L’un des moments marquants de ce parcours reste l’élection de Sidiki Kaba, en 2007, à la tête de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH). Il devient alors le premier Africain à diriger cette organisation fondée en 1898, dans le contexte de l’affaire Dreyfus, et qui regroupe aujourd’hui 188 organisations dans 144 pays.
« C’est grâce à votre soutien que j’ai été le premier Africain élu à la tête de cette organisation », a-t-il déclaré devant ses anciens compagnons de lutte, saluant également sa génération pour avoir permis l’émergence d’autres leaders africains au sein des grandes organisations internationales de défense des droits humains.
Avec « 101 Discours : Plaidoyer pour un monde meilleur », Sidiki Kaba livre ainsi un témoignage historique, politique et humain, destiné à éclairer les combats passés et à inspirer les générations futures.















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