*Sénégal : Une République, Un Peuple, Deux « Gardiens ( Par Younouss Dramé)

La promesse était claire : transformer l’État, refonder les institutions et répondre aux attentes sociales profondes d’un peuple en quête de justice et d’équité.

Mais quelques mois après l’alternance, une question commence à émerger dans le débat public : qui incarne réellement le pouvoir au sommet de l’État ?

D’un côté, le président de la République, garant de la Constitution et de la stabilité des institutions. De l’autre, son Premier ministre, figure centrale du mouvement politique qui a porté l’alternance et qui affirme aujourd’hui être le « gardien de la révolution ».

Ces deux images du pouvoir ne sont pas anodines. Elles traduisent deux légitimités différentes mais complémentaires : la légitimité institutionnelle et la légitimité politique.

La première repose sur les règles de la République ; la seconde s’appuie sur la dynamique populaire qui a rendu possible le changement.

Mais lorsque ces deux légitimités s’expriment simultanément dans l’espace public, le risque d’ambiguïté apparaît. Dans une République, le pouvoir ne peut durablement fonctionner avec deux centres symboliques d’autorité. L’histoire politique, au Sénégal comme ailleurs, montre que les alliances construites dans l’opposition doivent, une fois au pouvoir, clarifier les rôles pour éviter toute confusion.

La récente participation du chef de l’État à l’assemblée générale de la coalition Diomaye Président et la déclaration du Premier ministre sur la « révolution » alimentent ainsi un débat plus profond : celui de la nature du pouvoir issu de l’alternance.

S’agit-il d’un pouvoir révolutionnaire chargé de transformer radicalement le système ? Ou d’un pouvoir républicain appelé à gouverner avec prudence et responsabilité dans le respect des équilibres institutionnels ?

Cette interrogation prend une dimension encore plus importante dans un contexte économique difficile. Les Sénégalais attendent des réponses concrètes aux défis du pouvoir d’achat, de l’emploi et de la gestion des finances publiques. Dans ces conditions, le pays a davantage besoin de clarté et d’efficacité que de rivalités symboliques.

Le véritable test du nouveau pouvoir ne se jouera pas dans les discours ou dans la définition de qui est le gardien de la révolution ou de la République. Il se jouera dans la capacité du gouvernement à transformer les promesses en résultats.

Au final, une vérité demeure : dans une démocratie, il n’existe qu’un seul véritable gardien de la République : C’est le peuple.

Younouss DRAME