Redescendre ou disparaître (Par Oumar Diaw)

On ne traverse pas des années de combat pour s’installer, une fois nommé, dans le confort et l’oubli.
On ne crie pas « rupture », « proximité », « don de soi », pour ensuite s’enfermer derrière des portes capitonnées, des vitres teintées, et des silences bien climatisés.
Et pourtant, c’est ce qui se passe. Lentement, mais sûrement.
Depuis l’accession au pouvoir, certains ministres, directeurs généraux et PCA ont pris leurs distances. Beaucoup n’ont jamais eu de base militante. D’autres, qui en avaient, ne la fréquentent plus.
Ils sont devenus des gestionnaires invisibles. Absents des cellules, absents du terrain, absents du parti.
Pire encore, au lieu de se rapprocher de la base, certains responsables préfèrent donner de la force à des mouvements de soutien acquis à leur guise. Des entités souvent sans ancrage réel, sans légitimité militante, mais qui leur renvoient une image flatteuse et contrôlée.
Ce sont ces mêmes pratiques d’isolement et de courtisanerie qui ont perdu le Président Abdou Diouf à la veille des élections de l’an 2000. L’histoire devrait nous instruire, pas se répéter.
Et comme si cela ne suffisait pas, certains ont trouvé plus utile de s’entourer de « répondeurs automatiques ».
Des individus formatés pour encenser, pour défendre aveuglément, pour disqualifier toute critique, même quand elle est fraternelle, légitime et constructive.
Ces voix artificielles n’apportent ni recul, ni lucidité, ni ancrage. Elles créent une bulle, une illusion d’unanimité qui déconnecte encore plus de la réalité du terrain.
Mais un responsable politique qui refuse la critique perd peu à peu le contact avec ce qui fait sa force : la vérité du peuple.
Un pouvoir qui s’entoure de courtisans plutôt que de camarades est un pouvoir qui s’éloigne du collectif, qui s’éloigne du projet, qui s’éloigne de l’essentiel.
Le travail de proximité ? La JPS le tient à bout de bras, avec quelques sections militantes actives. Sans moyens. Sans reconnaissance. Mais avec une foi intacte.
Un poste politique n’est pas une promotion technique. Ce n’est pas un passeport pour s’extraire du terrain. C’est une responsabilité politique.
Et cette responsabilité oblige : être là, écouter, animer, répondre, construire. Rester connecté.
On ne peut pas avoir milité pour la rupture et gouverner dans la continuité.
On ne peut pas dénoncer les vieilles pratiques puis en reproduire les pires : la déconnexion, l’entre-soi, l’embourgeoisement.
Le peuple n’a pas choisi PASTEF pour revivre ce qu’il avait rejeté.
Il n’a pas voté pour des absents. Il a mis sa confiance dans des femmes et des hommes capables d’incarner un projet jusqu’au bout.
Le pouvoir, dans notre cas, n’est pas un refuge. C’est une vitrine.
Et aujourd’hui, cette vitrine reflète parfois autre chose que ce que nous avons promis.
Pendant ce temps, des jeunes et des militants sincères maintiennent la flamme.
Ils organisent, mobilisent, expliquent, avec pour seul carburant leur engagement.
Ce sont eux les vrais garants de la continuité du parti. Ce sont eux qu’il faut considérer, appuyer, renforcer.
À tous les camarades en fonction : souvenez-vous d’où vous venez.
Ce pouvoir vous a été confié par un parti, porté par une base. Ce lien, vous ne pouvez pas l’ignorer.
Le terrain n’est pas une option.
L’animation politique n’est pas un détail.
La présence parmi les nôtres n’est pas un geste symbolique.
C’est la condition même de notre légitimité.
Si nous voulons durer, il faut redescendre.
Redescendre sur le terrain. Redescendre vers le peuple. Redescendre là où tout a commencé.
Parce que ce qui nous a portés hier est aussi ce qui peut encore nous protéger demain.

Oumar Diaw responsable RH JPS Dakar, coordonnateur JPS Grand-Dakar