Migrations mortelles : le REMIDEV sort de son silence et plaide pour des réponses urgentes

 

Le Réseau Migration Développement (REMIDEV) organise ce jeudi 24 juillet 2025, une rencontre d’échanges multi-acteurs autour d’un sujet aussi sensible qu’urgent : la problématique des personnes migrantes mortes ou disparues. Cette initiative regroupera une quarantaine de participants issus des ministères concernés, de la société civile, d’organisations de migrants, du monde de la recherche, des partenaires techniques et de la presse.

L’Objectif affiché est de contribuer à une réflexion collective pour améliorer la prise en compte de cette tragédie humaine dans les politiques publiques. Un enjeu majeur pour un phénomène qui, bien que récurrent et ancien, continue de se nourrir d’un silence institutionnel, d’un manque de données précises, et de politiques migratoires de plus en plus restrictives.

Mamadou Diop, président de l’ONG Union pour la solidarité et l’entraide, coordonnateur de REMIDEV et vice-président du CONGAT, dresse un constat sans détour. Pour lui, « c’est une partie de nous-mêmes, une partie de la société qui malheureusement disparaît dans des conditions difficiles à expliquer ». Il rappelle que les départs irréguliers, faute de régulation et de traçabilité, plongent les familles dans l’incertitude totale. Qui était à bord de ces pirogues ? Combien ont survécu ? Où sont les corps ? Autant de questions sans réponse, révélatrices du vide statistique et institutionnel qui entoure cette tragédie.

Depuis un quart de siècle, malgré la multiplication des ateliers et des campagnes de sensibilisation, les mesures adoptées sont jugées inefficaces ou inadaptées. « Chaque année, ça se durcit, ça se retraitit », déplore Mamadou Diop, en référence aux politiques de plus en plus restrictives et au rétrécissement des voies de migration régulière. Le durcissement des conditions d’obtention de visas, la prolifération de réseaux illégaux, et l’absence d’alternatives crédibles poussent des milliers de jeunes à prendre la mer, au péril de leur vie.

L’atelier organisé par REMIDEV vise donc à rassembler des voix diverses, mais complémentaires, pour élaborer des propositions concrètes. « Chacun, avec son expérience, ses connaissances, ses politiques, pourra contribuer à une meilleure compréhension du phénomène », souligne M Diop. L’idée est d’élaborer des pistes d’action concrètes, susceptibles d’être intégrées dans les politiques publiques. Car, comme il le rappelle, la société civile ne se substitue pas à l’État, mais œuvre en appui pour nourrir la réflexion et orienter les décisions.

La migration, rappelle-t-il, existe depuis la nuit des temps. Elle ne peut être arrêtée, mais elle peut être organisée. Pour qu’elle soit un facteur de développement partagé, et non un vecteur de tragédies humaines. Cela suppose une implication forte des États, mais aussi des pays d’accueil. Mamadou Diop interpelle sur la lenteur et la complexité des procédures consulaires, qui laissent le champ libre aux réseaux de passeurs et alimentent les migrations clandestines. « Pour avoir un rendez-vous de visa, c’est la croix et la bannière. Et entre le demandeur et l’État, il ne doit pas y avoir d’intermédiaire », dénonce-t-il.

La société civile, en première ligne, joue un rôle déterminant. À travers la sensibilisation sur les risques de la migration irrégulière, mais aussi par un travail de plaidoyer pour un changement de cap des politiques migratoires. « Nous vivons avec ces jeunes, nous les écoutons, nous les informons, mais aussi nous interpellons les décideurs », rappelle Mamadou Diop. Il en appelle à une mobilisation collective, lucide et déterminée, pour que les morts et les disparus de la migration cessent d’être des chiffres invisibles, mais deviennent les déclencheurs d’un véritable sursaut politique et moral.

Cet atelier pourrait marquer un tournant, à condition que les propositions formulées soient entendues, reprises et transformées en actions concrètes. Car derrière chaque départ irrégulier, chaque corps disparu, il y a une histoire, une famille, une société en souffrance.