(12 juillet 1961 – 22 juin 2025)
LE LION DE GIBRALTAR A CESSÉ DE RUGIR
Ce dimanche 22 juin 2025, le trépas visite le quartier de Dieuppeul et t’arrache, Patrice CARDEAU, toi, la personne bien éduquée, altruiste, reconnaissante, demeurée en phase avec ce que tes parents ont fait de toi. Dans l’optique de vouloir remercier tes premiers dirigeants, dans le football, je parle du mouvement « navétanes », comme tu me l’as confirmé, par l’appel téléphonique de ce mardi 17 juin 2025, à 13 heures 14 minutes. « TOUNKARA, j’organise un « yendou » chez moi, en vue de remercier ceux qui m’ont encadré dans le mouvement Navétanes aux équipes de Tourbillons et de l’Entente Centenaire Gibraltar ; le repas sera servi à 14 heures. Mais, toi, personnellement, je tiens à ce que tu sois présent. Aussi, je t’envoie mes photos de joueur ». Invitation- Injonction que tu me répètes trois fois.
Une moto furibonde, aveugle comme la nuit et sourde comme la pierre te heurte et t’envoie dans l’autre monde, Elle vient de fermer les yeux sur ta vie. Alors que tu choisis éloquemment, ce jour solennel, chargé d’émotions pour retourner l’ascenseur à tes parents sportifs, missionnant ta fille Donisia d’aller acheter des fruits, et tu finis par l’accompagner sur une de tes motos, à la grande surface Auchan de Dieuppeul. Diantre ! l’irréparable surgit. La lumière de ta vie s’éteint au service de réanimation de l’hôpital Général de Grand Yoff où ta fille se remet peu à peu.
Toi, l’homme, qui a toujours croqué la vie à belles dents, élégant jusqu’à la moelle épinière ; une élégance innée, ton trait de caractère intrinsèque ; une élégance physique, car toujours tiré à quatre épingles, même sur le terrain ; une élégance morale symbolisée par ta haine de la triche, sous toutes ses formes ; une élégance sociale visible sur tes rapports avec les autres ; une élégance sportive traduite par ta grandeur d’âme, ton altruisme, ton goût prononcé à réunir les gens, participer à l’effort collectif et la transmission du savoir aux jeunes générations. Et tu m’as toujours dit : « Tu devrais faire partie de ceux qui dirigent le football sénégalais. ».
Du Mouvement Navétanes à l’Union Sportive de Gorée, tu as porté les couleurs de l’équipe Navetanes de Tourbillons (Ancien Fitchmitch) et de l’Entente Centenaire Gibraltar. En concomitance, tu honores le lycée Van Vollenhoven, aux côtés de ton frère Loulou, en remportant le championnat régional UASSU à l’image des catégories cadette et sénior. De ce temple du savoir. Tu déposes tes baluchons à l’U.S. Gorée, en junior, puis de ton statut de surclassé, tu décroches le championnat national et la tanière t’ouvre grandement ses portes. Toi, le milieu de terrain défensif aux allures de lion affamé, excellent dans l’anticipation au point d’asphyxier tout numéro 10 adverse, comme j’aimais à te rappeler ton duel avec le surdoué de la Jeanne d’Arc de Dakar, Baba TOURÉ, que tu avais empêché de respirer lors de ce mythique match J.A.- Gorée, qui te révéla au grand public et auquel tu laissas le souvenir de cette inexplicable détente verticale ; étant derrière lui, tu enjambes toute sa silhouette, te projetant devant elle, tel un acrobate.
Parler de toi, c’est aussi parler et d’un tôlier et d’un artiste, de ta polyvalence, car, portant le numéro 10, tu laisses dubitatif tout puriste sur ton poste de prédilection tant ton talent te permet d’être à l’aise dans tous les compartiments du jeu. Je te revois à ta première titularisation dans l’équipe fanion de Gorée où, tout jeune, arborant le numéro 10, tu forces l’admiration de tous, tout comme, en équipe nationale, aux côtés du même Baba TOURÉ, vous marquez tous deux, vos pénaltys, gauchers de vos états, et sans élan, s’il vous plait, lors de cette série de tirs aux buts, contre le Niger, en 1981 ; à l’issue de ce match remporté par le Sénégal 2- 0 ; alors que les visiteurs étaient victorieux sur le même score, au match aller, chez eux.
Tu choisis d’aller en France, après ton titre de champion du Sénégal, car, faute de moyens, ton club Gorée, mais aussi le mien, décide de déclarer forfait face à sa prochaine campagne africaine. À l’aventure ? Mais, sûr de ton talent, armé de ton courage de lion et de ta rage de vaincre, tu parviens à t’imposer. À Gorée, tu es coéquipier de tes idoles, Amady NDIAYE, Thierno MBOUP, Moustapha NDIAYE, Manou CORRÉA, Pape MBAYE et j’en passe. Pour autant, tu tires ton épingle du jeu, à chaque fois que de besoin. Non sans bénéficier du soutien et de l’encadrement de ton premier supporter, ton papa, Nicolas CARDEAU, j’allais dire capitaine CARDEAU, ancien capitaine de la même équipe de l’U.S. Gorée des Youssou NDIAYE, Malick NDAO et autres. Homme intransigeant et rigoureux, dont tu es le vrai fils
Tu débarques en France, accueilli par ton frère de Gibraltar, Louis NDIAYE, et sûr de ton talent affirmé et confirmé, tu joues à Maison Alfort d’abord, aux côtés d’un certain Lamine NGOM – un nom chargé d’histoire – l’ancien mythique capitaine de Gorée, ce magnifique gaucher, qui a réussi l’exceptionnelle prouesse de remporter deux Coupes du Sénégal, en vingt-quatre heures, celle de football et celle de handball, sous les couleurs du même club, en 1972. Un exploit resté gravé dans les mémoires du peuple sportif sénégalais. Ce même Lamine NGOM, dont le comportement seigneurial est chanté par des Sénégalais de France du fait d’une lapalissade, sa générosité. Un gentleman et dans le terrain et dans la vie.
De Maison Alfort, tu passes à Joinville le Port, qui te fait signer un contrat et te paye tes études de comptabilité sanctionnées par un BTS, à l’école privée de Créteil, avant de migrer vers l’équipe de Bry sur Marne. Tu découvres le Racing Club de Strasbourg coaché par le célèbre Henry Kasperzak puis le Paris Saint Germain de Boubacar SARR Locotte, du tchadien Nabatingué TOKO et de l’algérien Moustapha DAHLEB. Hélas, le règlement interdisant la limitation à deux étrangers dans le championnat français te fait un pied de nez, au même titre que les Cheikh Moussa CAMARA dit Big boy et tant d’autres footballeurs sénégalais si talentueux.
Tu travailles dans un cabinet d’avocat, puis décides de rentrer au bercail, faute de carte séjour de travailleur. Cette fois, tu choisis la Jeanne d’Arc; nous sommes en 1987. De la vieille dame où tu joues pendant une année, tu passes à l’AS Douanes, et là, chez les gabelous, tu boucles ta carrière de joueur.
Ayant le sport dans l’ADN, tu acquiers une formation d’entraineur de premier puis de deuxième degré. Te voilà, éducateur, et coach de l’équipe junior de ton club d’origine l’U.S. Gorée, durant trois ans, et par la suite celui de la Renaissance de Dakar. Et en si bon chemin, tu t’adonnes aux arts martiaux, précisément, au karaté, tu te distingues par le grade de ceinture noire deuxième dan, ce qui n’est point étonnant au regard de tes qualités physiques voire athlétiques. Ta force de frappe au handball comme au football, en disent long, témoin que j’en suis, au lycée, aux stades Assane DIOUF et Demba DIOP.
Sur le plan professionnel, tu intègres le paysage hôtelier, Sénégal Hôtel, SENECARTOUR, Savana Hôtel où tu occupes la station de chef comptable. Et tu exerces avec un professionnalisme avéré. J’entends encore le propos de ton ancien collègue, Pape Racine SY, te couvrant de lauriers, te qualifiant de meilleur comptable hôtelier de la place, rappelant vos discussions tendues inhérentes aux pièces justificatives, devant tes proches, quelques jours après ton décès.
Au demeurant, comme par prémonition je te choisis, dans le cadre d’une série d’interviews à l’endroit d’anciens internationaux que je devais mener avec notre ami commun, cet autre Abdoulaye DIAW, ancien capitaine de l’ASC Walidane de Derklé et non moins ancien joueur de Gorée et de la Jeanne d’Arc de Dakar, via sa chaine youtube, « Laay Jao tv ». Rendez-vous fixé, tu nous rejoins chez toi, à l’heure de la pause professionnelle et nous nous entretenons à bâtons rompus. Et c’est la narration de toutes tes carrières sportive et professionnelle. Etrangement, elle sera publiée à titre posthume, comme si prédestinée au grand public, titrée : « Patrice fait bref et tire sa révérence », expression empruntée à ton propos, car tu nous dis, à l’entame : « Je vais faire bref », en vue de retourner, illico, au bureau.
Toutefois, durant huit jours, ceux qui t’ont connu, ont battu le pavé à ton domicile de Dieuppeul 2, qui n’a jamais désempli : parents, habitants de Gibraltar, des SICAP, d’ailleurs, monde sportif, connaissances du secteur professionnel et tutti quanti, à l’unisson, y ont convergé, honorant ton vœu le plus ardent d’humaniste, la communion. Quid des anciens de Van Vo, qui se retrouvent, 40 ans après.
Vient le jour des obsèques, la cathédrale de Dakar pleine comme un œuf, à l’étage comme au rez de chaussée, refuse du monde, mais l’affluence est encore plus forte dehors. Rien d’autre qu’un cliché de la dimension de l’homme immense que tu es. Comme par hasard, je fus désigné pour faire le premier témoignage sur toi. Et comme tu l’aurais voulu, je me focalise sur ton Élégance dans l’Excellence, ton intrépidité au combat, ton altruisme, la rigueur personnifiée tant incarnée en toi, et termine mon speech par des suppliques au Dieu Unique, de t’accorder Sa Clémence, Sa Miséricorde, Sa Paix. S’ensuivent ceux aussi élogieux de notre ami Seydou BÂ, de Djibril DIAGNE, de Maitre Augustin SENGHOR, de tes enfants et parents, etc.
Comme un ultime point d’orgue, même la nature, par ce clin d’œil, te rend hommage, en t’accompagnant au cimetière Saint Lazarre. De l’habituelle canicule vécue, ces jours de chaleur suffocante, le climat te gratifie d’une clémence extraordinaire ; le soleil disparait ; le ciel s’assombrit, le temps s’adoucit et la pluie s’invite, alors qu’on dépose ta dépouille dans ta dernière maison, dans une rare Élégance et une beauté sublime, dont Seul Le Très Miséricordieux, a le secret. Tu joues ton dernier match et tu dribbles tout le monde.
Partout où tu es passé, tu as été parmi les meilleurs. Mission accomplie, champion !
Courage à ta charmante et digne épouse Marcelle, à tes enfants Dionisia, Mathieu, Nicolas, à tes frères Loulou, François et à toutes tes familles tant elles sont grandes !
À Dieu Gaïndé !
Ton frère Mame Abdoulaye TOUNKARA
Citoyen sénégalais















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