Les populations du village insulaire de Niomoune, dans la commune de Kafountine (département de Bignona, région de Ziguinchor), sont descendues dans les rues ce week-end pour réclamer justice dans l’affaire de la disparition de Didier Badji et Fulbert Sambou. Arborant des tee-shirts noirs floqués du slogan « Non à l’oubli » en lettres rouges, hommes et femmes ont tenu à marquer la clôture de leurs 72 heures de congrès par un acte fort de mémoire et de mobilisation.
La marche s’est achevée dans le quartier de Some, devant la maison familiale de Didier Badji, en présence de la presse. Un choix symbolique, assumé par les populations, qui entendent rappeler que cette affaire reste une plaie ouverte pour tout le village. « Nous avons décidé que ce congrès ne serait pas clôturé sans venir rendre visite à la famille de Didier Badji, pour leur renouveler notre soutien et notre détermination dans ce combat », a déclaré le porte-parole du jour, Alex Nicodème Tabar.
Selon lui, il s’agissait d’une commémoration pacifique mais résolue, destinée à alerter l’opinion nationale et internationale. « Le village de Niomoune est debout comme un seul homme pour se battre afin que la lumière soit faite. Depuis le lendemain de leur disparition, nous menons ce combat et nous ne nous arrêterons pas tant que nous ne saurons pas ce qui s’est réellement passé », a-t-il martelé.
Les populations affirment bénéficier d’un large soutien, aussi bien au Sénégal qu’à l’étranger. Alex Nicodème Tabar a notamment salué l’accompagnement d’Amnesty International, qui, selon lui, apporte un appui constant à leur lutte. « Amnesty International nous soutient depuis le début. Ils ont organisé des conférences de presse, mobilisé des avocats et pris en charge les moyens nécessaires pour que notre voix soit entendue », a-t-il souligné.
Rejetant catégoriquement la thèse d’une disparition en mer, les habitants de Niomoune dénoncent ce qu’ils qualifient de « mensonge d’État ». « À quelques mètres d’ici, c’est la mer. Didier Badji savait nager, il traversait souvent pour aller pêcher. Comment peut-on nous faire croire qu’il a disparu en mer ? », s’est interrogé le porte-parole, avant d’affirmer avec fermeté que Didier Badji et Fulbert Sambou « n’ont pas disparu en mer, mais ont été éliminés ».
Selon lui, l’enquête judiciaire serait à un stade avancé, avec des personnes mises en cause et des témoins prêts à dire ce qu’ils savent. Une raison de plus, estime-t-il, pour maintenir la pression jusqu’à l’aboutissement de la procédure.
Profitant de cette mobilisation, les populations de Niomoune ont directement interpellé le Président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye. « Nous l’avons élu sur la base de promesses claires, celles du Jubb, Jubbal, Jubanti. Ici en Casamance, nous lui avons même remis un balai pour symboliser le nettoyage de la saleté. Ce qui s’est passé ici est une saleté, et nous attendons du Président qu’il prenne ses responsabilités », a lancé Alex Nicodème Tabar.
Déterminées, les populations promettent de poursuivre la lutte jusqu’à ce que justice soit rendue. « Didier était notre frère, notre fils, un homme valeureux qui a beaucoup apporté au village et aux jeunes. La bataille ne fait que commencer et nous la mènerons jusqu’au bout, ici et partout ailleurs », a-t-il conclu.















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