Le devoir de mémoire a pris une dimension poignante ce vendredi 30 mai 2025 à la mythique Place du Souvenir Africain de Dakar, lors de la projection du documentaire « Vivant, les Chemins de la Mémoire », réalisé par Valens KABARARI et produit par Baho Production (France, 2023). D’une durée de 60 minutes, ce film retrace l’histoire bouleversante de trois frères et sœurs ayant survécu au génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994. L’événement, organisé dans le cadre de la 31e commémoration du génocide, a réuni diplomates, chercheurs, étudiants, membres de la société civile, rescapés et la communauté rwandaise au Sénégal (Ibuka Sénégal), autour d’une mémoire partagée et encore vive.
UN RÉCIT INTIME POUR UNE MÉMOIRE COLLECTIVE :
Le documentaire met en lumière le parcours de *Valens* KABARARI, alors âgé de sept ans, qui entame aujourd’hui un voyage à la fois physique et émotionnel avec sa sœur aînée, *Judence*, absente du Rwanda au moment des massacres. Ensemble, ils reviennent sur les lieux marqués par la tragédie familiale : de Cyuga à Jali […], ils reconstituent l’ultime trajet de leurs parents avant leur assassinat, ainsi que la fuite de Valens avec son petit frère *Didace*, âgé d’à peine un an à l’époque.
À travers des témoignages inédits, Valens, pour la première fois, met des mots sur l’indicible. Le film dévoile non seulement l’histoire d’une survie miraculeuse, mais aussi l’impact du silence, du trauma, et du besoin viscéral de transmettre.
UNE PROJECTION ÉMOTIVE SUIVIE d’ÉCHANGES ENGAGÉS
La projection s’est déroulée dans une atmosphère solennelle, mais chargée d’émotion .
Dans son intervention, l’ambassadeur du Rwanda au Sénégal, Son Excellence Festus BIZIMANA, a salué le courage des protagonistes du film et rappelé la nécessité, pour les nouvelles générations, de connaître cette page sombre de l’histoire de l’humanité :
« Ce film n’est pas qu’un témoignage, c’est une passerelle entre la mémoire des victimes et la conscience des vivants. Il rappelle que le génocide contre les Tutsi n’est pas un fait du passé, mais un devoir de vigilance pour le présent. »
Plusieurs personnalités du monde universitaire, des militants des droits humains et des représentants d’organisations panafricaines ont également pris la parole.Tous ont insisté sur l’importance de la mémoire comme outil de résilience et d’éducation à la paix.
UNE MÉMOIRE PARTAGÉE, UN FUTUR À CONSTRUIRE
En interrogeant les ruines du passé à travers les regards de Valens, Judence et Didace, le film ne se contente pas de restituer des souvenirs douloureux. Il ouvre une réflexion sur le processus de reconstruction, d’identité et de transmission intergénérationnelle.
« À Dakar, cette projection a résonné comme un acte de reconnaissance et de solidarité entre peuples africains », nous explique le Docteur Ives MUNANA, Président de Ibuka Sénégal.
À l’issue de la séance, modérée par MOZA Jeannette, des échanges spontanés ont vu le jour entre les spectateurs et les intervenants, autour d’une question centrale : comment faire vivre la mémoire du génocide dans les sociétés africaines aujourd’hui, et comment mobiliser la jeunesse contre le négationnisme, l’oubli et la haine ?
Ce documentaire, à la fois sensible et nécessaire, rappelle que la mémoire n’est pas seulement un hommage aux morts, mais un engagement profond envers les vivants.


















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