Crise dans le secteur de l’enseignement supérieur: le silence complice du SAES, un syndicalisme à géométrie variable !

Depuis une semaine, les universités sénégalaises sont paralysées par une grève d’une rare ampleur. Et pourtant, un acteur clé du secteur brille par son absence : le SAES, Syndicat Autonome des Enseignants du Supérieur. Là où l’on s’attendait à une prise de position, une analyse, une interpellation, comme il en faisait systématiquement par le passé, c’est un silence assourdissant qui s’installe.

Ce mutisme interroge. Il s’explique peut-être par un fait simple : l’actuel ministre, le Pr Daouda Ngom, est l’un des leurs. Membre du syndicat, il bénéficie manifestement d’une forme de protection tacite. Le SAES, si prompt autrefois à dénoncer, ne veut visiblement pas l’exposer en pleine tempête universitaire.

Pourtant, la mémoire est encore fraîche. Les communiqués sévères et répétitifs du SAES contre l’ancien ministre, Dr El Hadji Abdourahmane Diouf, sont encore dans les archives. À l’époque, aucune faille, aucune hésitation: le syndicat lui reprochait régulièrement son manque d’écoute, son incapacité supposée à engager un dialogue constructif. Le SAES allait même jusqu’à considérer son attitude comme une rupture unilatérale du dialogue avec les acteurs du secteur.

Le contraste est frappant aujourd’hui. Cet après midi après une journée de tension à l’université Cheikh Anta Diop avec des dizaines de blessés côté étudiants et forces de l’ordre, le conseil académique de l’UCAD a autorisé l’intervention des forces de l’ordre au sein de l’université, violant de fait les franchises universitaires, un acte qui aurait autrefois déclenché une indignation immédiate et publique du syndicat. Mais face à cette décision grave, le SAES se mure dans un silence complice, comme si l’actualité universitaire ne méritait d’être traitée que selon la tête du ministre en poste.

Pourtant, en février dernier, pour des perturbations sans commune mesure avec la crise actuelle, le SAES rappelait dans un communiqué que toute perturbation du calendrier académique serait imputable au ministère, accusé alors d’inertie. Ironie de l’histoire : c’est justement ce ministère, sous la direction du Dr Abdourahmane Diouf, qui avait instauré dès avril 2024 une méthode inédite de dialogue social, réunions régulières avec les syndicats (SAES, SUDES, PATS…) et rencontres trimestrielles avec tous les représentants étudiants. Cette approche avait permis de désamorcer plusieurs crises latentes et d’éviter les explosions actuelles.

Jamais, depuis longtemps, l’enseignement supérieur n’avait connu une grève d’une telle ampleur. Et jamais le syndicalisme n’avait semblé aussi sélectif. Le silence du SAES, tout comme celui du très bavard et habituellement agité David Célestin Faye, s’apparente à un syndicalisme de connivence, un syndicalisme qui parle fort selon les périodes, s’apaise selon les intérêts, et se tait quand l’un des siens occupe le fauteuil ministériel.