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Ameth DIALLO: “Seul un Président dégoûté par la démocratie, s’attaque à la liberté de la presse”

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Le Sénégal occupe la 73e place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse établi en 2022 par l’ONG Reporters sans frontières.

Ce classement peu reluisant devrait pousser les autorités à se battre pour hisser notre pays dans le haut du tableau en termes de liberté de la presse.

Maximilien de Robespierre (l’une des principales figures de la Révolution française) dans son célèbre discours sur la liberté de la presse, prononcé à la « Société des amis de la Constitution », en mai 1791, disait :

« … C’est par la libre et mutuelle communication de ses pensées que l’homme perfectionne ses facultés, s’éclaire sur ses droits, et s’élève au degré de vertu, de grandeur, de félicité, auquel la nature lui permet d’atteindre… »

Nous rappelons que la presse Sénégalaise est la plus ancienne de l’Afrique de l’Ouest francophone car jouissant de la loi française de 1881 sur la liberté de la presse tout au début au détriment d’autres colonies d’Afrique, des commerçants métis de Saint-Louis publiaient dès la fin du 19ème siècle des feuilles comme « Le Réveil du Sénégal ou Le petit Sénégalais ».

Mais les présidents de la république n’ont jamais accepté de permettre à cette presse d’être vraiment libre.

À l’époque du Président Senghor, la presse était dans la clandestinité tant leur liberté n’existait pas. Il y avait que l’organe Le Soleil et l’ORTS.

Pour l’époque du Président Abdou Diouf, la presse sort de l’ombre avec l’arrivée de Walfadrji, Sud Fm et autres mais avec une déséquilibrante gestion de la liberté de presse du fait de leur appauvrissement et des menaces encourues.

Durant le règne de Wade, nous nous souvenons du rapport de Report Sans Frontière en 2004 qui soulignait :

« Le Sénégal, habituellement cité en exemple en matière de respect du droit à la liberté d’expression, a connu, en 2003, une dérive inquiétante. Plusieurs journalistes ont été agressés, d’autres ont été menacés et une correspondante de Radio France Internationale, Sophie Malibeaux, a été expulsée du pays après un reportage sur la crise en Casamance. Le journaliste Abdou Latif Coulibaly, du groupe Sud, aujourd’hui Secrétaire général du gouvernement, faisait l’objet de menaces de mort pour un ouvrage critique envers le régime ».

Cette dérive inquiétante est confirmée par la suite, avec l’interdiction répétée des journaux à scandale Mœurs et L’Œil, fondés par le journaliste Papa Daouda Sow, et l’arrestation en 2004 du directeur de publication du Quotidien, Madiambal Diagne, aujourd’hui au côté du pouvoir, semble être complice au vu de sa silencieuse traîtrise envers le métier qui lui a tout donné. Nous nous rappelons effectivement de la fermeture temporaire de la station Sud FM en 2005.

Le placement sous les verrous de Moussa Guèye, directeur de publication du quotidien privé L’Exclusif, inculpé le 15 octobre 2007 d’ « offense au chef de l’État » et « diffusion de fausses nouvelles » seulement pour avoir évoqué, dans son journal, des « escapades nocturnes » du président de l’époque le Président Abdoulaye Wade.

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Macky Sall, la presse est encore plus en danger. Dès 2013, il avait ordonné la fermeture immédiate de WalfTV avant de reculer. Les groupes de presse comme DMedia sont régulièrement menacés de fermeture selon la ligne éditoriale qu’ils adoptent. L’épée de Damoclès fiscale est brandie pour menacer les organes qui dérangent.
La corruption est érigée en règle pour faire taire les voix les plus autorisées.

Par ses pratiques malsaines, les journalistes sont divisés en deux camps. Ceux du pouvoir et ceux de l’opposition.
La presse n’est plus libre, elle subit des pressions partisanes de partout.

Le plus grave est que ce n’est plus seulement le pouvoir qui accule la presse mais aussi l’opinion publique et même l’opposition.

L’année 2021 a été caractérisée par une recrudescence de violences inédites contre la presse. Le quotidien Les Echos et son directeur ont été la cible de harcèlement sur les réseaux sociaux, après la révélation de la plainte d’Adji Raby Sarr contre Ousmane Sonko. Des locaux de médias, dont ceux de la radio et de la télé Futurs Médias, ont été attaqués, et des journalistes ont vu leurs équipements saccagés lors des émeutes de mars. De nombreux dégâts matériels peuvent aussi être soulignés notamment dans les locaux du quotidien national Le Soleil.

Pour le cas Pape Allé Niang, nous avons en face de nous un président de la république dégoûté par la démocratie, obnubilé par une troisième candidature et décidé à éliminer tous ceux qui tentent de l’ en empêcher. Il a placé Pape Allé dans cette catégorie mais il devra y placer l’ensemble du peuple sénégalais qui exige le respect de la constitution et qui a droit à savoir comment nos ressources et institutions sont gérées.

 

Ameth DIALLO
Coordinateur national de Gox Yu Bess – ANTA (Alliance National pour la Transparence et l’Abondance)

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