4 avril 2025 : un pas décisif vers la souveraineté culturelle et mémorielle du Sénégal.

Ce 4 avril 2025, le Sénégal a célébré le 65e anniversaire de son accession à la souveraineté internationale. Mais cette édition sera certainement l’une des plus importantes de notre histoire récente. Non seulement en raison de la beauté de le cérémonie ou de la discipline militaire du défilé, mais à cause du signal fort envoyé à notre peuple : celui d’un pays qui ose enfin raconter l’histoire de son propre peuple, dans ses propres mots, sur ses propres fondations.

Une célébration de l’indépendance avec une grande innovation qui mérite d’être saluée et réfléchie : le défilé culturel au cœur de la célébration républicaine. Pour la première fois, nos héros de la résistance se sont retrouvés au même niveau que nos héros militaires : Lat Dior, Aline Sitoé Diatta, Maba Diakhou, El Hadj Omar, Ndaté Yalla… Tous ces noms, visages et combats, longtemps retrouvesdans les récits officiels, ont trouvé leur juste place dans l’imaginaire national.

Ce que nous avons vu défiler n’était pas le passé, mais la dignité. Une dignité retrouvée. Une fierté affirmée. Une rédemption présumée de notre mémoire collective qui a si souvent été manipulée ou diluée.

Mais cette récupération mémorielle a précédé, deux jours plus tôt, un acte hautement symbolique et éminemment politique : le renommage du Boulevard Général de Gaulle en Boulevard Mamadou Dia, décidé en Conseil des ministres le mercredi 2 avril 2025. Par ce geste, le Président de la République et son gouvernement ont établi un jalon dans la construction d’un nouveau récit national. Ils ont déclaré sans équivoque qu’il est temps pour le Sénégal de se débarrasser des symboles légués par la domination coloniale, pour rendre hommage à ceux qui ont incarné notre souveraineté, notre courage et notre idée d’un État juste.

Le premier Président du Conseil d’un Sénégal autonome et le penseur du développement endogène, l’apôtre d’un socialisme africain ancré dans nos réalités, méritait depuis longtemps de voir son nom figurer dans notre géographie urbaine à la hauteur de sa stature historique politique dans le pays. Le fait même que le site du défilé national porte désormais son nom n’est pas un hasard : c’est une renaissance, un recommencement de la marche nationale.

Une célébration exceptionnelle de notre pluralité culturelle est également devenue partie intégrante de cette dynamique mémorielle. Les Wolof, Joola, Sérère, Peulh, Mandingue, Soninké et bien d’autres se sont alignés, chacun dans son authenticité, sa plénitude et sa beauté.

Le Sénégal se regardait dans un miroir fidèle et brillant à travers les costumes, les danses, la musique, les symboles et les chants.

Car le folklore n’est pas la célébration de notre culture. C’est une stratégie pour la souveraineté. Notre culture est notre système d’exploitation de la pensée, notre levier d’unité, notre plateforme de résilience. Ce n’est pas un ajout, c’est essentiel.

Ainsi, ce 4 avril 2025 nous convie à être plus. Il nous lance un défi. Il nous défie de revoir nos programmes éducatifs, nos critères patrimoniaux, nos politiques culturelles et urbaines. Il appelle à ce que l’indépendance soit plus qu’une date sur le calendrier, mais plutôt un chemin continu, une boussole, un acte quotidien.

Bien sûr, nous devons faire le travail de fond, nous devons construire un État enraciné, qui ne se contente pas de gérer l’héritage colonial mais qui va au-delà.

Un État fondé sur sa propre mémoire, ses propres langues, ses propres héros. Un État qui intègre ses valeurs, ses spiritualités, ses projets.

Oui, ce 4 avril 2025 a été un moment de rupture, mais aussi de promesse.

La promesse d’un Sénégal enfin en paix avec lui-même. L’espoir d’un récit national enfin en adéquation avec les faits. Un peuple qui se voit, s’aime et s’assume.

Vivent nos héros, vive notre culture, vive un Sénégal souverain et debout.

Par Mouhamed Fadel DIOP
Spécialiste en communication