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SEYDI EL HADJI MALICK SY, LA DIMENSION SPIRITUELLE D’UN ÉRUDIT MULTIDIMENSIONNEL

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ElHadji Malick Sy Maodo est né vers 1855 à Deuw fall prés de Gaya, dans le département de Dagana, au Nord du Sénégal.
Il était le fils de la très pieuse Sokhna Fawade Wélé et du vénéré homme de Dieu, Ousmane Sy.
Son père qui faisait ses études en Mauritanie auprès du Professeur Mahamad Baba Al Daymani était à la recherche d’un livre que seul possédait le marabout Malick Sow de Gaya. Ce qui l’emmena au Walo.
Ce dernier sera plus tard l’homonyme d’El hadj Malick Sy.
Halpulaar, de par son grand-père Demba Bouna Sy, El Hadji Malick Sy est orphelin de père à sa naissance et a été élevé par son oncle maternel Alfa Mayoro qui l’a très tôt initié à l’apprentissage du Coran ainsi qu’à la Tijaniya, une confrérie fondée au Maghreb par Cheikh Sidy Ahmed Tijani (1737-1815), puis par son homonyme Thierno Malick Sow En 1863.
À l’âge de 8 ans il partit près de Sagata au Djolof avec son oncle paternel Amadou Sy.
A son retour il est confié ensuite à d’autres maîtres coraniques qui le formèrent chacun dans sa spécialité dont Thierno Ngagne Ka, avec qui il partit et resta à Tiarène dans le Fouta Toro en 1873.
Âgé de 18 ans, il finit l’étude du Coran à son nouveau séjour de Fouta à Longué chez Serigne Abdou Biteye et en Mauritanie puis retourne chez lui et recevra le Wird Tidiane et l’insigne de « Grand Maître de l’Ordre Tidiane » « Hidiaza »par son oncle maternel Alfa Mayoro.
Après sa maîtrise du Coran il étudia le Fikh, d’abord chez lui et puis chez Serigne Mour Sine Kane, puis entame des études de la jurisprudence à Bokhal au Walo chez Serigne Moussé Ndiaye, à Keur Codé dans le Diambour chez Serigne Modou et à Keur Taïba Sèye chez Serigne Mour Kale Seye .
Après ses études de Rissala, il partit pour Ndar de 1880 à 1882 à l’âge de 25 ans chez Serigne Ahmadou Ndiaye. Il retourna ensuite au Diambour pour finir le droit et étudier Khalil par Serigne Birahim Diakhate et Serigne Mamadou Wade .Mais c’est l’année suivante qu’il finira Khalil à Mbakol dans le Cayor chez Serigne Masylla.
En 1885, alors âgé de 30 ans il a accumulé énormément de connaissances extraordinaires ce qui lui ont permis déjà de devenir professeur pour subvenir à ses besoins et le plus grand intellectuel du Sénégal car il a apprit tout ce qu’on pouvait enseigner au Sénégal après une longue pérégrination auprès des meilleurs maîtres les plus réputés à l’époque: en Mauritanie, dans le Fouta, au Cayor et dans le Ndiambour, à Pathiasse, à Ndoth Sèye, Nguithie, Ghjiléki, Diabbé Lidoubé, Oréfondé, Longué Sebbé, Longué Foulbé, Thiarène, à Ndar, Taïba Sèye…
 El Hadj Malick Sy s’installa à Ngambou Thieulé pour cultiver la terre et enseigner le Coran, vivre de la sueur de son front et ne voulant jamais vivre aux dépens des autres et évitant toujours d’être un parasite social.
Le fruit de son labeur lui permit d’effectuer, en 1889 à 33 ans le pèlerinage à la Mecque en passant par le sud de la France, à Marseille puis à Alexandrie.
Au Sanctuaire Béni et Sacré, comme dans la mosquée et mausolée de Seydina Mohamed (psl) à Medinatoul Mounawarah, il demanda au Tout Puissant d’exaucer les vœux qui suivent : l’épargner, lui, tous les chefs religieux musulmans, leur famille et leurs fidèles, des tentatives de domination de tout ordre des colons pour mieux pratiquer les recommandations divines ; l’obtention de terres où il pouvait travailler et prendre en charge sa famille, ses fidèles et lui-même, pour ne pas être un fardeau pour les autres. Ses autres vœux sont de pouvoir, grâce à ses actions et à ses fonds propres, réussir une prolifération des mosquées à travers le pays. Il a prié également pour qu’il n’y ait aucune différence visible entre ses enfants et les autres fidèles et amis. Enfin, pour qu’il lui soit réservé dans l’autre monde tout ce que Dieu lui destinerait comme Lumière et autre puissance mystique et religieuse.
 Il retourne de la Mecque avec le titre d’El hadji et construit la Zawiya de Ndar en 1892.
il séjourna et fonda des écoles au Djolof puis retourne au Walo. Ses nombreux déplacements, l’affluence des fidèles, qu’il réunissait pour leur dispenser un enseignement, les prières et Wazifa dans la Zawiya et dans sa concession ont attiré l’attention des colons, qui ont assimilé ces invocations au Tout Puissant à des mots de passe et des consignes de guerre. Ils soupçonnaient, en outre, le guide religieux de détenir des armes C’est ainsi qu’il a été convoqué maintes fois à Saint Louis de 1893 à 1905, devant le bureau politique du gouvernement du Sénégal.
À chaque fois, Maodo ne variait pas dans ses réponses :  » Dieu nous a ordonné, à vous et à moi, de l’adorer, de prier. Vous avez refusé et moi j’exécute. Voilà ce que mes fidèles et moi faisons tous les jours. Ce que vous appelez cris de guerre ou mots de passe ne sont qu’évocations du Tout Puissant et prières sur la Meilleure Créature, le Prophète Mohamed (psl). Concernant les armes, j’en ai une et une seule : mon chapelet avec lequel je me battrai jusqu’à ce que l’Islam et la Tidianya atteignent les coins les plus reculés du monde, à votre grand dam » mon objectif est de faire des sujets sénégalais de véritables musulmans ».
 Finalement, et suite aux témoignages des plus grands érudits de l’époque et aux différents rapports des services secrets, l’administration française était convaincue que : « Seydil Hadj Malick était le marabout le plus instruit, le plus cultivé, le plus pédagogue de son époque ».
Outre ces mots consignés dans les archives nationales du Sénégal et de la France, l’un des témoignages les plus éloquents fut celui du grand Chérif Cheikh Sidya, descendant du Prophète Mohamed (PSL) et grand maître de la confrérie Khadrya. Après le défi de l’implantation de la Zawiya de Saint-Louis (près du palais du gouverneur du Sénégal), El hadj Malick s’installe à Ndiarndé, Diacksao avant de s’installer définitivement à Tivaouane sous l’invitation de Djibril Gueye en 1902.
 Il fonda la zawiya de Tivaouane après celle de Dakar. El Hadji Malick Sy s’est installé à l’heure où le colon cherchait à imposer sa volonté. Sous le nombre impressionnant d’élèves qui augmente de plus en plus, il recruta beaucoup de professeurs .On y enseigne toutes les sciences islamiques ce qui a conduit aussi à d’autres marabouts de venir puiser dans l’océan de savoir qu’incarne Hadji Malick.
Dans le domaine littéraire, Maodo Malick a légué à la postérité une richesse immense. Ses nombreux ouvrages et poèmes étaient essentiellement accès sur la théologie, le soufisme la biographie et louange du prophète et sur des événements heureux ou malheureux touchant ses amis ou d’autres marabouts .
Parmi les plus célèbres de ses écrits on peut citer : Khilassou zahab (Or decanté) un long recueil de 1001 vers écrit en 22 jours retraçant avec une vision parfaite et globale toute la vie du Prophète M (psl) : depuis que Dieu a eu l’intention de le créer à partir de sa propre Lumière, jusqu’au dernier homme qui a quitté la tombe après l’enterrement.
Cet ouvrage fût imprimé en Tunisie en 1915 sous le désir du Gouvernement Général de la colonie. El Hadji Malick Sy commanda d’ailleurs 1000 copies.
Khilassou Zahab est la seule œuvre au monde où on a parlé du prophète Mouhamed (PSL) de l’état lumière à l’état dépouille mortelle en passant par Mouhamed en tant qu’homme à Mouhamed Rassoul Allah en tant qu’incarnation du sceau des prophètes.
À l’image de ces autres livres, cet ouvrage est d’une longueur inégale. Pouvait-il en être autrement pour un homme qui éleva au rang de sacerdoce son attachement indéfectible au prophète Mouhammad Alayhi Salam.
 Il y a aussi « Kifayatou Rakhiline », un livre de Droit civil, social et pénal, « Wassilatoul Mouna ou Tayssir », « Fatihatou Toulaab », « If AAmi Mounkiri Jaami », etc. Le saint a aussi écrit sur la médecine, l’astrologie, etc. Ces ouvrages sont de longueur inégale, allant de quatre à vingt-cinq pages. Ils sont remarquables par la pureté de la langue arabe, par une certaine élégance de style, rare chez les lettrés noirs, et aussi, par leur tendance toujours très sympathique à notre cause.
Pouvait-il en être autrement pour un homme qui éleva au rang de sacerdoce son attachement indéfectible au prophète Mohamed (PSL). Ce pacte qu’il signa avec l’Envoyé de Dieu fut consigné dans un ouvrage à jamais sublime. »II n’existe aucune action que je puisse faire pour toi si ce n’est t’aimer, te célébrer et te suivre », s’était il exclamé dans « Mimiyah ».
El Hadj Malick Sy était un homme de son temps, d’une extraordinaire acuité intellectuelle et fabuleusement lettré. À cet égard et pour s’informer sur les activités du colon, il était abonné au journal officiel qu’il se faisait lire à chaque parution. Moraliste émérite et éveilleur de conscience, Maodo aura été non seulement un témoin de son temps, mais aussi un visionnaire.
Son combat a été de former des soldats de la foi et de les disperser pour qu’ils diffusent le savoir, élargissent les bases de la religion et de la tarikha.
Le dernier rapport que les colons ont réalisé stipulait : « El Hadj Malick Sy est toujours conforme aux enseignements du Saint Coran, de la Suna et de la Tidianya. Il prêche un Islam dépourvu de fanatisme et de légende.
Il pratique et prêche l’orthodoxie de l’Islam, sans ostentation ou intolérance ». Il aura fait un parcours sans faute. Pourtant, ce chevalier de l’Islam a réussi la prouesse de propager ses idées, par le truchement d’une stratégie de coexistence pacifique.
Armé de patience, de fermeté, de persévérance et d’abnégation, Maodo Malick Sy a fini par imposer au niveau national sa vision de l’Islam, en éviter les contacts dissolvants qui n’ont, la plupart du temps, abouti qu’à une destructuration de la société.
Le Saint homme de Tivaouane opta constamment pour l’éveil des consciences. De ce point de vue, le champ de Diacksao était un cadre très propice, pour délivrer un enseignement à la fois religieux, moral et même politique. L’exemple type est celui de ses Zawiyas, implantées en plein cœur du dispositif colonial, c’est-à-dire principalement à Dakar et à Saint-Louis.
 Parce qu’il avait choisi d’installer ses lieux de cultes, en plein centre des deux capitales qu’a connues le Sénégal, sa stratégie de quadrillage du territoire et de grand rassemblement du Gamou n’a pas manqué de susciter des inquiétudes chez le colon. Mener, en période coloniale, un combat de cette dimension et le gagner ne pouvait être que le fait d’un homme exceptionnel, à tous points de vue, et dont l’exemple de détachement et d’effacement ajoute à la grandeur Maodo a fait un long chemin,il a surmonté maints obstacles, et abattu un travail de titan dont la résultante est aujourd’hui une parfaite propagation de l’Islam, de la Tidianya à travers non seulement le Sénégal, mais aussi l’Afrique, l’Europe, les Amériques, etc.
Grand et vigoureux, de poil déjà blanc, El Hadji Malick souffre d’une cataracte double qui l’a rendu presque aveugle ; malgré son désir d’en finir, il recule indéfiniment la date de l’opération chirurgiccal qu’on lui a maintes fois proposée.
 Chacun sait que la plupart des prières de Maodo pendant son pélérinage,ont été exaucées, si l’on en juge par les vastes champs qu’il exploitait à Ndiarndé, Diaksao, Diamaguène, etc, les mosquées qu’il a fait construire partout, ou que ses fils ont fait construire, dont celle de Paris. C’est l’un de ses disciples, El Hadj Abdoul Hamid Kane de Kaolack, qu’il a envoyé en définir l’orientation vers l’Est, en 1922.
Sa mission accomplie, il fut rappelé à Dieu le 27 juin 1922 à Tivaouane où il fut inhumé. Il repose dans son Zawiya dans la ville sainte.
Sa succession à la tête de la Tarikha Tidiane fut assurée par son deuxième fils Seydi Ababacar Sy, un autre érudit de l’islam dont aucune plume ne sera assez encrée pour écrire sur la dimension mystique et spirituelle de l’homme.
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